Définissons la qualité : Partie 3/3

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Qu’est-ce que la qualité ? Que signifie le mot « qualité » ? 

Quand nous l’évoquons, cela semble être une notion comprise, presque une évidence. Pourtant, expliquer ces sept lettres s’avère être bien plus délicat qu’il n’y paraît.

Etonnant, quand on sait que la qualité est présente dans bon nombre de domaines. On l’utilise par exemple pour définir des traits de caractères ou les conditions sociales de certains. On la trouve dans le management, elle est détaillée dans un grand nombre de normes, et on l’affiche même dans certaines dénominations de postes. Nous la voyons partout, mais savons-nous vraiment ce que c’est ?

Dans la présente série d’articles, nous allons tenter de déterminer le sens du mot « qualité ». Celui-ci faisant partie intégrante de notre nom – Le Guide Qualité –, nous ne pouvions pas passer à côté de ce difficile exercice. Nous avons divisé nos recherches de la manière suivante :

  • Partie 1 – Analyse sémantique : Nous commencerons par définir la qualité au travers d’une analyse sémantique du mot. Nous la placerons ensuite dans le contexte industriel pour étudier son aspect pratique. Enfin, nous tenterons de lui donner une définition applicable aux produits suggérés sur notre site.
  • Partie 2 – La qualité, une perception : Au-delà des spécifications, nous verrons que la qualité est en réalité une perception personnelle. Nous effectuerons une étude de cas pour illustrer nos propos.
  • Partie 3 – Notre vision de la qualité : Nous détaillerons les critères qui nous définissent, ceux que nous utilisons pour choisir un produit. Nous évoquerons également la métrique du prix et notre positionnement par rapport à ce dernier.

Notre vision de la qualité

Nous l’avons vu dans les parties précédentes de cette série, la qualité est un concept ambigu. Chacun de nous peut la percevoir de différentes manières. Avant d’évoquer notre vision de la qualité, un bref résumé des deux premiers articles s’impose :

  • La qualité a plusieurs définitions qui peuvent être regroupées en trois points pour un objet : il ne faut pas en posséder beaucoup d’exemplaires, il est placé dans le haut de la hiérarchie par rapport aux options disponibles sur le marché, et il est fiable, donc sans défaut.
  • Une fois qu’une personne a défini des exigences qui lui sont propres, elle pourra les satisfaire en achetant ou en construisant cet objet. Plus l’objet répondra aux exigences énoncées, plus il sera de qualité.
  • Les besoins, et donc les critères, peuvent changer avec le temps.
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Nos critères

Dans nos guides, nous essayons autant que faire se peut, de respecter les points ci-dessus. En effet, une de nos valeurs fondamentales est de privilégier la qualité à la quantité. Nous essayons ensuite de définir des besoins communs au plus grand nombre, puis d’y répondre en proposant des produits fiables, tout en prenant soin de sélectionner les meilleures options disponibles sur le marché.

Malgré cela, en nous lançant dans notre aventure entrepreneuriale (cf. Notre Histoire), nous avons jugé nécessaire d’ajouter des critères supplémentaires. Car même si Le Guide Qualité est un service, ce sont des humains qui écrivent ces quelques lignes. Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, chaque individu possède sa propre vision de la qualité.

La fonctionnalité

Le premier critère de notre liste n’est pas nouveau par rapport aux définitions de Doucet et Weinberg. Mais nous le réitérons, et pour une bonne raison ; nous estimons qu’un objet doit avant tout pouvoir répondre aux exigences de son acheteur. La surconsommation a apporté, sous prétexte de nouveauté, des choses qui nous semblent insensées ; un conteneur qui ne ferme pas, un stylo qui n’écrit pas, un couteau qui ne coupe pas, et tant d’autres.

Outre le facteur prix, le design est l’un des principaux coupables des non-sens évoqués à l’instant. Bien qu’il puisse être un critère en soit, il ne doit pas, selon nous, altérer les fonctions premières d’un objet. C’est la raison pour laquelle la fonctionnalité est le critère en tête de notre liste.

La durabilité

Probablement l’ennemie principale du consumérisme. Ce mode vie basé sur l’achat systématique de nouveaux biens a introduit le jetable comme norme1. Nous sommes convaincus que l’exploitation supposée infinie de ressources finies n’est pas un modèle viable, à tous points de vue2.

Par conséquent nous essayons de promouvoir des objets qui, s’ils sont utilisés avec soin, pourront durer plusieurs années pour les plus fragiles, éventuellement se transmettre d’une génération à une autre pour les plus résistants.

Outre le facteur prix, le design est l’un des principaux coupables des non-sens évoqués à l’instant. Bien qu’il puisse être un critère en soit, il ne doit pas, selon nous, altérer les fonctions premières d’un objet. C’est la raison pour laquelle la fonctionnalité est le critère en tête de notre liste.

Sain

Beaucoup de matériaux sont nocifs pour notre santé. De nombreux scandales sanitaires ont déjà été dévoilés au grand jour, que ce soit dans la presse ou au cinéma.

Pour donner un exemple récent, la chercheuse Audrey Millet évoquait le 30 janvier dernier dans son rapport How toxic are the textiles we consume? la présence importante de produits chimiques dans l’habillement européen3. Une dizaine d’années plus tôt, Greenpeace en faisait de même sur les produits de la marque Nike4.

Des dénonciations similaires ont été faites et se font toujours dans le milieu du septième art. Nous pensons notamment aux films de Michael Mann et Todd Haynes, The Insider et Dark Waters. Le premier évoque la toxicité des cigarettes, et plus particulièrement de la nicotine, sur notre organisme ; l’autre, celui de l’acide perfluorooctanoïque (PFOA), utilisé dans des ustensiles de cuisine en téflon.

C’est la raison pour laquelle nous prenons le temps et le soin de chercher, de choisir, pour ensuite recommander des produits inoffensifs à tous les âges.

Une sauteuse en inox durera des dizaines d'années, même avec une utilisation quotidienne © Mauviel

Savoir-faire

Lorsque nous évoquons l’industrie, l’imaginaire collectif se représente aisément l’industrie manufacturière, que l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) a défini comme la « transformation de matériaux »5. En suivant cette définition, on peut considérer que l’artisanat est une partie intégrante de l’industrie, à la différence que les échelles de production pourraient être plus petites.

Industrie nationale ou artisan local, quelques marques possèdent un savoir-faire inégalable. Nous essayons, à notre modeste niveau, de les mettre en avant. Certaines maisons, parfois dotées d’une histoire s’étant écrite sur plusieurs siècles, ont toujours su garder une longueur d’avance, et sont encore aujourd’hui capables de fournir aux consommateurs une expérience unique et durable.

Le label "Entreprise du Patrimoine Vivant" (EPV), comme tant d'autres, met en avant les savoir-faire Français © EPV

Lieu de fabrication

Au-delà du savoir-faire que nous venons d’évoquer, nous souhaitons mettre en avant les produits faits sur notre territoire, que nous chérissons. La volonté de voir du Made in France se fait toujours de plus en plus grandissante6, et nous en sommes les premiers ravis. Nous tentons avec nos recherches d’exposer des usines en deçà de nos frontières par rapport à des principes qui nous sont chers, comme le travail dans des conditions décentes et respectueuses.

Cependant, l’expression « Made in France » et la ribambelle de labels qui y est associé, sont malheureusement utilisés dans le marketing récent comme synonyme de qualité. Il n’en est rien. Certaines marques peu scrupuleuses continuent de proposer des produits d’une qualité de fabrication exécrable. En aucun cas, même pour un produit arpenté du drapeau tricolore, nous bafouerons les critères que nous avons précédemment énoncés dans cet article.

Mais à quel prix ?

Notre définition et vision de la qualité étant toutes deux établies, il reste à répondre à l’épineuse question « Combien tout cela coûte ? ».

Un oubli volontaire et justifié

Nous n’avons pas évoqué le prix dans nos critères. Et pourtant, à l’heure où nous écrivons ces lignes – année 2023 – l’inflation frappe de plein fouet une grande quantité de ménages7. Pourquoi alors un tel raisonnement ?

Nous pensons que la qualité – celle que nous avons définie par nos critères – a un prix, souvent incompressible. Celui-ci a été galvaudé ces dernières décennies à cause de politiques (commerciales ou de marketing) le tirant toujours plus vers le bas, au détriment parfois des constructeurs et des travailleurs8. L’imaginaire collectif en souffre toujours aujourd’hui, en ignorant le prix réel des biens et des services qu’il utilise ; l’industrie du textile en est un parfait exemple9.

Notre positionnement

Ne nous y trompons pas ; le Guide Qualité ne se veut pas être un recensement de projets ultra-luxueux réservés à une élite. En aucun cas. Nous ne souhaitons pas non plus promouvoir des produits, peut-être durables et peu chers – si tant est qu’ils existent –, mais fabriqués dans des conditions humaines déplorables. Rappelons que le leader actuel de la fast fashion, le Chinois Shein, est toujours décrié pour le traitement de ses employés10. Nous ne souhaitons pas participer à cette chute en avant.

Notre volonté est de nous positionner sur une ligne précise ; les objets du quotidien. Nous avons conscience que certains de nos guides évoquent des produits qui peuvent représenter un investissement important (e.g. un matelas ou une cuisinière). Néanmoins, nous espérons que les résultats de nos recherches sur ces objets permettront à leurs possesseurs d’économiser sur le long terme.

La cuisine est une des pièces de vie où trouver des ustensiles de qualité est aujourd'hui devenue une chose difficile © Kemper Cabinets

L’inoubliable aphorisme

Comme le concept de qualité, le facteur prix mériterait à lui seul une série d’articles tellement il est complexe à définir. Bien qu’il soit incontournable lors d’un achat, nous avons souhaité mettre en avant dans cette série d’articles, la qualité, notre définition et la perception que nous en avons.Nous pourrions conclure cette série par quelques mots écrits en 1963 pour le cultissime Les Tontons flingueurs de Georges Lautner. Michel Audiard, dialoguiste du film, eu cet aphorisme qui semble aujourd’hui oublié : « Le prix s’oublie, la qualité reste »11. Sortie de son contexte filmographique, cette formule garde néanmoins tout son sens, qui plus est en période d’inflation et d’incertitude économique. La qualité se fait rare, reste difficile à dénicher, et nous tentons de remédier à cela.

Sources

  1. [« Définition du mot ‘consumérisme’ » [Archive], Les dictionnaires Larousse, 2010, consulté le 8 mai 2023][]
  2. [Mehdi Benmakhlouf, « Aurélien Barrau : « Il faut absolument être alarmiste » » [Archive], National Geographic, 2020, consulté le 12 mai 2023][]
  3. [Matthieu Guinebault, « Produits chimiques nocifs : la mode européenne exposée par ses importations » [Archive], FashionNetwork, 2023, consulté le 10 mai 2023][]
  4. [« Detox : Nike sur le podium ! » [Archive], Greenpeace, 2011, consulté le 11 mai 2023][]
  5. [« Nomenclature d’activités française » [Archive], INSEE, 2008, consulté le 18 mai 2023][]
  6. [DGCCRF, « Le Made in France : le nouveau critère d’achat privilégié des Français » [Archive], Ministère de l’Économie et des Finances, 2021, consulté le 14 mai 2023][]
  7. [« Projections macroéconomiques (Mars 2023) » [Archive], Banque de France, 2023, consulté le 24 mai 2023][]
  8. [Jean-François Brient, « De la servitude moderne » [Archive], De la servitude moderne, 2009, consulté le 28 mai 2023][]
  9. [Élodie Lapierre, « Quel est le prix juste d’un vêtement made in France ? » [Archive], Marques de France, 2020, consulté le 29 mai 2023][]
  10. [Sangeeta Singh-Kurtz, « Shein Is Even Worse Than You Thought » [Archive], The Cut, 2022, consulté le 23 mai 2023][]
  11. [mobyx44, « Le prix s’oublie, la qualité reste », YouTube, 2013, consulté le 19 mai 2023][]